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      "LE TEMPS CONTÉ"

 

PAR 

JEAN PLATANIA

(septembre 2000 / juillet 2001)

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

Parmi les nombreuses questions scientifiques auxquelles la physique s'est employée à fournir un statut officiel, fondé sur une structure théorique de plus en plus fine, le temps, celui que le poète souhaiterait voir suspendre son vol et qui, souvent, vient à manquer à l'homme entraîné dans le tourbillon des jours, semble ne présenter, pour une conscience claire, aucune difficulté majeure de compréhension.


N'a-t-on pas accordé au bon sens la validité d'une différenciation de cette notion entre passé, présent et futur, dont l'acquisition, dès le premier âge (J. Piaget), selon une procédure inconsciente, serait octroyée par une fonction mentale harmonieusement adaptée à l'enregistrement linéaire des expériences vécues ?


Dans ce ciel uniformément bleu, quelques nuages menaçants se sont glissés, qui ont instillé le doute sur "un passé (qui)n'est plus, un avenir (qui) n'est pas et un présent (qui)n'est rien." (O. Hamelin) Déjà saint Augustin avait exprimé pareille intuition lorsque, devant se prononcer sur la nature du Temps, il répondit : "Quand personne ne me le demande, je le sais. Qu'on vienne à m'interroger là-dessus, je me propose d'expliquer, et je ne sais plus." (Confessions - livre XI)


Ces prémices d'un effritement du consensus initial proviennent-elles d'une carence du vocabulaire, incapable de rendre directement la richesse polysémique de ce facteur ou bien cette même profusion ne concède-t-elle pas une large place au caractère psychologique à partir duquel l'investigation du temps deviendrait une affaire individuelle ?


En remontant vers des époques peu éloignées de notre modernité, à l'échelle géologique, on peut dire que dès le moment où se fit sentir pour l'homme le besoin de traduire verbalement ce que ses yeux voyaient dans le ciel (le mouvement cyclique des sphères), s'imposa l'usage d'une sémantique qui fixa la perception mentale de l'alternance selon un avant, un pendant et un après.


A cela vint s'ajouter la transmission parentale de ces schémas coutumiers, laquelle participa activement à l'implantation d'une définition de l'ordre temporel d'origine essentiellement socioculturelle.

 

Corroborant cette démarche initiatique, se juxtaposent les fonctions biologiques périodiques (sécrétions hormonales, veille/sommeil, nourriture, etc.) qui, de même que le langage, gravent leur empreinte dans la mémoire inconsciente, vierge de tout repère, sous la forme d'expériences se succédant en une dynamique ininterrompue.


La législation grammaticale structura cet empirisme de fait, notamment par l'élaboration de conjugaisons variées qui, parfois, ne parviennent pas à satisfaire l'exigence de clarté que requiert la temporalité plurielle du discours.

 

Le choix du juste temps, par le biais de l'influence maternelle de laquelle l'enfant retient certains groupes syntaxiques récurrents pour ordonner la chaîne des événements, concède une large part à l'insertion du seul chronologique dans la structuration psychique morphogène.


Rien ne s'impose avec plus d'évidence que cette logique, puisque la construction stricto sensu du logos, à travers le choix des signes appropriés, implique aussi le concept de "temps opératif" (G. Guillaume) : le temps employé par le locuteur suit une progression croissante vers le degré de certitude qu'il entend donner à son propos et cette durée accrédite l'image d'un déroulement. On passe du probable au possible et enfin au certain.


Mais la préférence accordée à un certain mode verbal dans la narration donne lieu à un recadrage de la logique temporelle, tel, par exemple, le présent qui peut signifier l'instant immédiat ("Je dessine"), se référer à un futur ("La semaine prochaine, je me rends à Bayonne") ou bien faire cas d'une situation passée ("A ce moment-là, l'autre sort une arme et tire").

 

Cette polyvalence met en lumière deux aspects : tout d'abord elle témoigne de l'incapacité à donner au présent un volume mesurable, sa fugacité l'exposant à la conversion permanente de situations futures en situations passées. Ensuite, elle souligne la coexistence, dans les énoncés, de plusieurs chronologies en même temps (passé, futur, présent vécu).


Les exemples ne sont pas rares de semblables incursions : "Hier j'étais en train de parler quant il m'interrompit."

- Hier : identification du moment par rapport au narrateur ;

- j'étais : passé ;

- en train de : chronologie propre au mouvement de l'action ;

- parler : temps interne à l'événement lui-même ;

- m'interrompit : passé et temps interne.


Une fois arrêtée la structure syntaxique qui va servir de support à la formulation de la pensée, il importe de conférer la juste actualité à chaque moment narratif, tout en ne perdant pas de vue que ceux-ci s'entrecroisent en fait dans la présentation du résultat final.


Ainsi décèle-t-on trois mouvements convergents :


            - le temps présent, révélant la conscience de la simultanéité de la chose vécue, fuyant comme un liquide entre les doigts et pourtant si indispensable en tant que repère historique, malgré son inconsistance qui nous ferait douter de son être lors même que l'évidence nous invite à ne nous reconnaître qu'en lui (passé et futur formulant les temps de l'évocation).


On voit en effet certains philosophes refuser toute réalité physique à cette notion bien qu'on puisse dire que si le Temps bénéficiait d'une reconnaissance unanime, il ne le pourrait qu'en usage de ce mode : "Le temps ne se laisse pas saisir en lui même : il ne se donne que nié." (M. Conche)


    Matérialisons ce ressenti de l'instant présent en lui conférant la qualité d'osmose de la conscience avec son éveil à la possession d'elle-même ;


               - le temps du déroulement de l'action qui accueille les notions de passé et de futur, le présent se réservant le récit de ce qui est directement saisissable et servant de limites aux deux précédents espaces : "Je vais courir" (avant), "Je cours" (présent), "J'ai couru" (après).

 

Ce temps du mouvement, orienté précisément, n'est pas assimilable au temps que le narrateur agence à partir de lui-même, se choisissant comme repère vis-à-vis duquel s'ordonnent subjectivement les situations.


Par exemple, dans la phrase : "Actuellement, pendant mon séjour en montagne…", la circonstance évoquée renvoie à un présent personnel.

 

De même, "Dans quelques semaines, j'arrêterai de travailler" se rapporte à un futur de même nature. Dans ce type de pratique grammaticale, la singularité du point d'observation, par rapport au fait lui-même, crée une rupture dans l'unité consensuelle cédée à la manifestation temporelle ;


              - Notons enfin le temps propre à l'événement, une fois celui-ci isolé du récit. Ce qui est décrit observe une trajectoire où départ, déroulement et terme sous-entendent un processus qui prend place dans la durée (traverser, marcher, courir, etc.).


Cet aperçu sommaire des difficultés soulevées dans l'expression orale ou écrite du phénomène temporel, dans des sociétés historiquement et culturellement voisines, est à la mesure de la place déjà occupée par ce facteur dans les mythologies de la genèse qui ont fondé nos civilisations.


Ainsi, dans le mythe babylonien de la Création, le Temps émerge dès l'origine dans les cosmogonies grâce à l'observation directe du mouvement des astres.

 

Marduk, roi des dieux, y règle la course des sphères et fixe années et mois.


A peu près à la même époque, dans l'Egypte ancienne, prenait corps la légende du dieu solaire Râ, parcourant chaque jour la voûte céleste, et profitant de la nuit pour traverser l'océan primordial sur lequel flotte la Terre.


Dans le brahmanisme, juste après le dieu suprême Vishnu, Civa symbolise le Temps du renouveau et de la destruction des choses : de la succession en fait.


Pour sa part, le mazdéisme, religion antique des Perses, confie au dieu principal Ahura Mazda la création du monde en sept périodes d'un total de 365 jours.


Ce sont toutefois les Grecs qui élirent le Temps au tout premier rang de leur théogonie.


Chaos, premier né parmi les dieux, assuma la paternité de Kronos, qui devint plus tard Cronos, commencement de tout, origine de ce qui vit.


L'ascendance conférée au Temps sur la formation de l'Univers incline à penser que "si on admet qu'il ne se passe plus rien…, qu'est-ce qui se passe ? Rien, rien que le temps." (J. Giono)


Ce moment décisif de la pensée sur le Temps (de la pensée moderne peut-on dire car la réflexion occidentale sur les principes physiques inchoatifs s'enracine dans le sol baigné de lumière de la Grèce antique) peut être vu comme l'agent des difficultés interprétatives ultérieures.

 

En effet, si le temps se présente comme principe objectal du tout, ordonner nos expériences conscientes par rapport à une logique consensuelle pose la double exigence de la présence d'une réalité homogène identifiable et celle d'une suite progressive (avant, présent, après) ininterrompue d'instants la structurant.


Des fractions temporelles - les instants - au profil élastique et variable parviendront à créer une densité artificielle.

 

Le conditionnement éducatif invitera à les placer selon un critère ordinal, les uns par rapport aux autres, en parallèle des transformations qui affectent toutes choses en devenir.

 

La continuité (sans faille) des particules chronologiques réclame une interception aiguisée du mouvement, et l'ensemble figurerait, géométriquement, une droite composée de points conférant au temps la dimension spatiale qui a toujours accompagné son parcours épistémologique.


Pendant ce voyage, encore inachevé, l'inconsistance de l'objet d'étude a contrarié la tâche "nomothétique" du chercheur, dont le but permanent est de produire des théories qui tentent de décrire les choses en leurs aspects immuables et fixes.


C'est pourquoi on a vu deux grandes familles théoriques se partager les générations de penseurs, sans que l'appartenance à l'une d'elles signifie une évolution qualitative.


Une première famille de chercheurs, enfants de Parménide, écarte le temps du mouvement général des choses pour en faire une entité immobile à l'intérieur de laquelle sont distribués les changements.


Par rapport à ce Temps éternité, le constat empirique que certaines séquences transformatrices d'un état ne puissent se regarder identiquement (vers le futur et le passé) suscita la seconde école, celle du devenir, c'est-à-dire d'un temps qui s'écoulerait tel un fleuve, d'amont en aval.

 

Héraclite faisait ainsi de l'irréversibilité le point d'ancrage de sa réflexion, écartant du même coup les partisans de la réversibilité "spatialisatrice" du temps.


Dans le premier modèle, celui du temps symétrique, l'axiome initial propose un ordre dans lequel chaque événement est rapporté à un repère objectif (qui peut être un autre événement), et apprécié dans sa durée.


Cet ordre est autonome, séparé du mouvement extérieur avec lequel les présocratiques le confondaient, afin de "n'être plus que quelque chose de celui-ci : le nombre du mouvement selon l'avant et l'après." (Aristote) Il fait ressortir les changements qui affectent les états.


Ce temps peut se figurer sur une droite infinie et non orientée à l'intérieur de laquelle prend place la durée propre à chaque expérience. Il se présente de façon uniforme d'un côté ou de l'autre du repère arbitrairement choisi.

 

Immobile, il devient le réceptacle des modifications qui, lorsque est connu l'ensemble des paramètres présents, se produisent dans les deux sens par une simple inversion des vitesses.


Cette conception fixiste, qui soutient l'être immobile (Parménide), ouvrit la voie, plus tard, à l'hypothèse transcendantale de Kant pour lequel "le temps n'est qu'une condition subjective de notre intuition, qui est toujours sensible, c'est-à-dire qui se produit en tant que nous sommes affectés par les objets, et il n'est rien en dehors du sujet."


L'a priori transcendantal (qui précède toute expérience) est chez ce philosophe une intuition pure qui, pour critiquable qu'elle paraisse, crédibilise le mouvement dans les limites de la succession ou de la simultanéité.

 

Car, ajoute Kant, ce temps subjectif est "nécessairement objectif par rapport à tous les phénomènes". Il ne revêt de réelle présence que dans les variations orientées des changements.


On conclut de cette présentation que le temps de Kant officie lors des phénomènes qui ont lieu à l'intérieur de lui-même et, s'agissant d'un donné a priori de la sensibilité (donc antérieur à la connaissance), intègre ipso facto le patrimoine de la science pure.

 

En ce cas, il nous apparaît comme une entité incommensurable au sein de laquelle un ordre est octroyé à chaque situation par rapport à un repère arbitraire, comme dans un désert infiniment étendu que les variations géologiques ou environnementales troubleraient localement.

 

Dans le sillage d'Aristote, la mystérieuse question du Temps éveilla la curiosité de saint Augustin qui choisit une option encore plus réductrice, puisqu'il avança avec conviction : "le temps n'est pas le mouvement d'un corps."


Et si Aristote déclarait : "la question (est) embarrassante de savoir si sans l'âme, le temps existerait ou non", Augustin, pour sa part, prône l'aspect purement psychologique de cette donnée car "l'avenir se donne dans l'attente, le passé dans la mémoire, et le présent dans l'attention."


Ce temps de l'âme, que la subjectivité convoque, se pare des approximations d'un temps relatif. Impossible à observer expérimentalement, il égare celui qui penserait le saisir dans les méandres de ses représentations.


Tout sujet, quoiqu'il veuille, est à l'intérieur du Temps. L'exemple de spéléonautes coupés de repères extérieurs, de supports chronométriques, accrédite la thèse d'un Temps immatériel, privé de propriétés physiques incontestables.


Ces fluctuations personnelles au sujet d'une valeur si fuyante se dissipèrent à l'époque contemporaine grâce au formalisme mathématique de la physique relativiste d'Einstein.


Successeur iconoclaste du classicisme newtonien attribuant un caractère absolu au Temps, ce savant poussa l'idée d'un Temps compressible qui épouserait la géométrie variable de l'espace, en raison de la densité de matière d'une part, en relation, d'autre part, avec la vitesse du référentiel dans lequel se trouve le sujet qui visite cet espace.


Dans ce cas, le Temps acquiert la qualité d'une réalité toujours en train de se reconstruire  tout en devenant le témoin de sa métamorphose.

 

 

Mais dès lors que son élasticité le rend toujours plus différent suivant la vitesse à laquelle se déplace l'observateur, le voilà qui se pare d'une flèche, c'est-à-dire que chaque fraction consommera sa propre vérité, du passé vers le futur, donnant lieu à la deuxième catégorie de théories : celle de l'irréversibilité ou temps du sens commun.


Le philosophe Héraclite, premier serviteur du temps du devenir, se rallie à une représentation de celui-ci en tant qu'ordre de mesure progressant constamment dans le même sens.


Beaucoup plus tard, ce temps acquerra sa légitimité à partir du deuxième principe de la thermodynamique, qui statue sur l'évolution vers l'équilibre dans la science de la chaleur.

 

C'est au plan macroscopique, bien qu'Ilya Prigogine (prix Nobel de chimie) ait pu dire que "soit l'irréversibilité existe à toutes les échelles, soit elle n'existe pas", qu'on rencontre couramment ces situations "anisotropiques". Ainsi, lorsqu'on verse un volume d'eau chaude dans un volume d'eau froide, l'eau devient tiède en température et ne reviendra jamais plus à l'état initial de séparation.


Le constat de la dissipation unilatérale de chaleur rend vraisemblable l'hypothèse de "la flèche du temps", d'autant plus que celle-ci est consolidée par un appareil mathématique spécifique que sont les équations de Fourier, lesquelles se distinguent des équations de la mécanique classique, réversibles et indifférentes à un état passé ou futur.


Ce temps du devenir séduisit Newton à tel point qu’il en fit le rouage principal de sa mécanique, laquelle ferait triompher le classicisme durant plusieurs siècles. Identique à un objet, il s'écoulerait indéfiniment, sans référence au monde extérieur, immuable, et ce faisant, nimbé d'une aura métaphysique.

 

Paradoxalement, les lois de Newton sur le mouvement des planètes sont de nature symétrique, aptes à décrire une trajectoire inverse de celle évaluée expérimentalement. Simplement, l'orientation qui lui est affectée est le prolongement de conditions initiales particulières.


Ces deux approches du Temps, d'égale valeur avons-nous dit, se partageraient les faveurs des scientifiques dans un climat de sérénité si elles ne se rencontraient associées dans toute situation à l'échelle d'un système.


C'est à partir du moment où l'on veut concilier l'irréversibilité des états macroscopiques de celui-ci et la réversibilité des interactions microscopiques du plan atomique de la matière que la physique se heurte à un paradoxe.


Leibniz fut le premier à s'essayer à une réconciliation théorique de ces deux univers. La matière s'organise à l'infini, divisible en "monades" semblables et déterminées par des raisons internes qui les lient entre elles. Cette "auto-organisation" est un événement intemporel, le meilleur possible, produit par la volonté divine.


Le Temps apprécie l'ordre des successions présentées par ce déterminisme et revêt l'habit de l'irréversibilité. Mais la variable temporelle n'en conserve pas moins, chez ce savant, un caractère métaphysique puisqu'il la fait surgir de l'harmonie préétablie.


Si la flèche du temps "court et vole" au cœur de la logique lorsqu'on l'associe à l'entropie croissante d'un système thermodynamique ouvert, en revanche, chez Leibniz, l'ambiguïté s'installe sur la véritable nature du Temps.


Retrouver uniment symétrie et asymétrie dans le même mouvement ne contribue pas à clarifier les choses, même si l'on rencontre semblable tentative dans le passé (chez Platon, lequel chercha à concilier la vision du Temps immobile et celle du "devenir" dans une synthèse qui en fit "l'image mobile de l'éternité").


A l'époque contemporaine, Bergson en appellera au sens commun pour faire prévaloir une conception fondée sur l'écoulement continu de nos états de conscience, mais, de ce fait, il ne pourra soustraire à son propos la spatialisation graphique qui affaiblit toute théorie et qui fait du Temps quelque chose du mouvement.


La conviction de l'irréversibilité et sa présence dans l'entropie, vers les états d'équilibre, sont encore d'actualité dans la mécanique statistique de Boltzmann, chez lequel la fonction d'évolution d'un système est une "fonction monotone" : elle ne progresse que dans une seule direction, bien que les molécules qui constituent la structure élémentaire se déplacent selon des positions et des vitesses familières à la mécanique classique.


Refermons provisoirement la parenthèse de l'irréversibilité non sans avoir cité Niels Bohr sur la logique expérimentale dont elle se prévaut dans la physique de la chaleur : "L'irréversibilité thermodynamique manifestée par l'égalisation des températures ne signifie pas que la réversion ne peut, en aucune manière, être partie intégrante d'une description impliquant la connaissance des températures des divers corps."


En d'autres termes, le choix de la variable température comme facteur mesurable de l'évolution d'un système nous contraint à enregistrer des états exclusifs d'un modèle réversible.


Bohr fut l'un des théoriciens de la physique quantique pour laquelle Heisenberg, énonçant le principe de l'incertitude du même nom, a édicté l'impossibilité pour un expérimentateur témoin de mesurer simultanément position et vitesse d'une particule. Le choix de l'une des deux variables exclut l'évaluation de la seconde.


L'antagonisme quantique observateur/observation si cher pour d'autres raisons à Krishnamurti, pour qui le temps est enfermement du sujet constamment tourné vers le "devenir", se double d'un alter ego relatif à la mesure spatiale du même Temps qu'aucun scientifique, à ce jour, n'a pu éluder. Aristote, déjà, en avait fait "le nombre du mouvement selon l'avant et l'après".


L'expérience temporelle, à travers les changements d'états, qu'elle traduise la succession ou bien la simultanéité, se note dans un référentiel à trois axes capable de recevoir et d’étalonner la variation entre deux instants.

 

Ceux-ci acquirent, grâce aux horloges, un profil universel, inaccessible aux modifications des conditions de l'expérience. Ce temps, commun à la science de Galilée/Newton, domina la physique classique, de nature empirique, jusqu'au XIXe siècle.


Historiquement, la notion d'espace apparut en physique, surtout dans les travaux de Newton, en tant qu'absolu immobile et isotrope. Auparavant, les présocratiques lièrent temps et mouvement jusqu'à ce qu'Aristote et surtout Augustin ne s'en affranchissent.

 

La part imputable aux astronomes dans l'assimilation du mouvement des étoiles, avec les cycles de vie et de mort, fut déterminante dans l'empreinte laissée aux générations ultérieures.


Les scientifiques ne se départirent jamais de cette naissance et, sur le repère euclidien, adjoignirent la quatrième dimension : celle du temps, désignée par "t", indissociable de la vitesse des changements dans l'espace fixe.

 

Longtemps séparées, les deux variables furent réunies de façon interactive dans la théorie relativiste d'Einstein évoquée plus loin.


Pour Bergson, la succession, en filigrane du concept de durée, est le produit de la mémoire dont la fonction est l'acquisition sans référence à rien d'immuable, donc à un positionnement comparé. C'est ce comportement qui génère la durée pure.

 

Mais, objectera-t-on, même en ce cas, la figuration du temps est spatialité de la mémoire qui procède à un agencement psychologique. Ce dernier avatar, bien plus encore en raison de l'élément subjectif qui s'y attache, favorisa la dialectique de la durée propre et de la durée pure.


Cependant la simultanéité réussira là où la succession est cause de divorce : parvenir à un consensus sur l'aspect spatial du temporel. Dans la physique classique, deux témoins qui échangent des signaux instantanément (c = ¥) vérifient la simultanéité de leur acte.


L'origine duale de l'émission induit la notion d'espace sans épargner celui-ci d'une bonne dose de mystère. Toute définition le concernant paraîtra abstraite car, en l'absence d'objet, son eccéité devient inconcevable.


Sa singularité l'élève au rang d'égale dimension en la qualification kantienne de donnée transcendantale. L'espace nous contenant, sa mise à distance pour observation s'en trouve impossible. Kant, pour finir, avait bien vu que l'Espace ontologique ne pouvait être que la position d'une absence d'objet, inaccessible en tant que telle.


L'apparition d'Einstein dans la "microsociété" effervescente de la physique théorique du début du XXe siècle allait contribuer à balayer la version figée du temps newtonien, autonome et absolu. L'Espace-Temps de la relativité restreinte rapprochera ces deux entités jusqu'alors séparées.


Un expérimentateur se déplaçant dans son référentiel à des vitesses de plus en plus grandes par rapport à un référentiel galiléen (objet animé d'un mouvement rectiligne uniforme) voit la variable temps se transformer en partie en variable espace et inversement.


Par exemple, l'accélération progressive d'une horloge dans cet espace à des vitesses proches de la limite (c) ralentirait le battement jusqu'à l'arrêter si v = c (v = vitesse, c = vitesse de la lumière).


Ce phénomène de temps dilaté a donné lieu à une vérification sur la durée de vie des particules élémentaires. Plus leur vitesse se rapproche de la barrière infranchissable qu'est (c), plus leur durée de vie s'allonge.

 

Il n'est pas vain de noter que c'est en mètres franchis qu'est évalué le bonus, c'est-à-dire en référence à des coordonnées spatiales.


L'élasticité temporelle, fonction de la vitesse du référentiel, intégra un peu plus tard le cadre plus étendu de la relativité générale. Cette loi nouvelle de gravitation unit Temps et Espace devenus interdépendants. L'Espace est courbé par la concentration de matière diversement répartie dans l'Univers.


Malgré bien des hésitations non encore dissipées, le Temps devient mesurable ; dans cette perspective métrologique, l'infiniment grand et l'infiniment petit dessinent les limites qui nous protègent des spéculations infondées.


A l'échelle macroscopique, la durée de vie d'un proton (1032 ans) est un horizon au-delà duquel l'imaginaire, créateur d'infini ou d'éternité, prend le relais.

Sur le plan microscopique, en terme d'intervalle, la physique quantique admet le temps de Planck (10-43 secondes) qui est la plus petite tranche chronométrique mesurable par un instrument. Il s’agit en fait du signal échangé entre deux particules.


En deçà, le Temps demeure une inconnue et les lois de la physique n'y ont pas accès. Ces murs infranchissables nous sépareraient d'un monde de l'origine, ouvert à tous les poèmes scientifiques, celui de l'unité des quatre forces fondamentales sur lesquelles repose à ce jour l'explication du réel éprouvé expérimentalement.

 

Cet état originel n’impliquerait pas l'abolition du Temps absolu, mais serait "un état d'absence totale d'objet". (Kant)


Voici une pensée qu'aurait pu faire sienne Krishnamurti, déjà rencontré plus haut, car, pour ce penseur, "l'évolution (biologique) implique le temps, donc le cerveau ne peut vivre, penser, que dans le plan du temps, et nier le temps est pour lui une activité formidable, car tout problème qui surgit, toute question qui se pose, se trouve alors résolu instantanément."


Parvenir à nier le temps sans l'aide de l'intellect, c'est éliminer le conditionnement que la mémoire inflige à la pensée au profit de la "vision pénétrante", osmose de l'observateur avec la chose observée dans la vacuité du champ d'expérience.

 

Le cogito est dissous, donnant accès à une formidable énergie dispensatrice de la connaissance pure. Celle-ci ne serait pas le produit d'une perception sensitive acheminée par les circuits physiologiques.


Soucieuse d'emprunter "une voie d'ensemble du processus de pensée" (Jadopher, 10 mars 1999), elle prend en compte un mouvement de l'esprit qui se déploie dans la logique, certes, mais aussi dans l'intuition, la poésie, le langage, le temps.


Le moment sans épaisseur où s'opère la connexion des deux champs objectifs convergents proclame la disparition inconsciente de la dichotomie que creuse la prédominance confuse du temps du devenir.

 

Assimilable à une intention projetée dans une temporalité fictive, ce dernier fait référence au principe de causalité au regard duquel des causes semblables produisent des effets semblables, selon une mécanique déterministe.


Les événements s'enchaînent en proie à une dynamique récurrente, exposée à la rupture dès lors que le nombre de paramètres en jeu va croissant.

 

Il importe toutefois de ne pas assimiler ce modèle à celui de symétrie réversible du monde "particulaire", du fait que le retour à la position initiale obéit à une indispensable inversion de vitesse qui transgresse la duplication du système.


Toutefois, ce formalisme a servi la littérature mythique de "l'éternel retour" et le concept philosophique du Temps cyclique, en boucle, perturbant quelque peu le schéma logique des "passé" et "futur" du temps linéaire.


On retrouve la circularité temporelle dans la nouvelle cosmogonie apportée par les "Textes", où l'on voit que chaque boucle qui se ferme (cyclique) donne lieu à un recommencement, quelque peu différent du périple antérieur.

 

Cependant cette hypothèse fut écartée par les théoriciens de la physique car elle déjoue le principe de causalité qui exige qu'une cause précède l'effet.

 

Le Temps cyclique induit l'exigence de finalité qui implique que le terme de la boucle rejoignant le commencement soit le moteur de l'alignement des événements et fasse ainsi prévaloir, chronologiquement, la fin sur le début.


La révolution accomplie engendre donc la confusion des bornes de départ et d'arrivée et, ce faisant, devient une aporie qui profite à l'édification du temps de la succession, ordonné et logique. Cette emprise grandissante ne fut jamais contestée malgré la diversité des théories explicatives de la nature, tout au long de l'histoire des sciences.


En ce qui nous concerne toutefois, dans la seconde partie (la loi du Temps) de ce modeste essai, nous rendrons justice à ce fils de Cronos, oublié par les physiciens mais adopté par la cosmogonie des "Textes".

 

Notons qu'étant investi du déploiement de "l'ordre implié", sur lequel nous reviendrons, son exercice ne s'inscrit pas dans la suite normale de la progression de nos connaissances mais dans une façon, jamais rencontrée à ce jour, de générer l’ensemble du processus créatif.


L'originalité dont il est question nous propose d'abolir les apparences, érigées en principes, de nos sens et de notre culture, afin de les remplacer par un Temps qui remplirait une fonction "gestaltique" dans l'ordre universel du monde.

 

Pour parvenir à cette conclusion, il a fallu le concours de compétences qui dépassent de loin celles de notre espèce.

Le Temps, dit des "Textes", en référence aux écrits d'où est extraite la matière du second chapitre, est un véritable enseignement de plusieurs années, pour lequel il convient de saluer ici "Celles" et "Ceux" qui ont dissipé une partie de leur riche énergie pour tenter, sinon de tout expliquer, du moins de faire ressentir.


Les aspects psychologique et physique du Temps, indissociables dans la proposition qui nous est donnée, furent abordés dans cet ordre, le plus souvent sous l'angle de paramètres surprenants.


Cet ordre, au demeurant, procéda moins d'une méthodologie académique orientant son enseignement sur un axe de complexité croissante que de la volonté de marquer l'importance qualitative du facteur mental, par rapport à la manifestation objective.


C'est pourquoi, dès le début, fut-il conseillé "d'annihiler la notion de temps" - temps chronologique bien entendu, qui est celui auquel nous concédons la plus large autorité, en dépit des glissements de l'expérience quotidienne que tout sujet, attentif aux ondulations de la pensée, repère.

 

Il faut déjà dire que le substantif "notion", employé dans l'injonction citée plus haut, entame la fragile certitude de notre science de faire du Temps une substance.


Bien sûr, reconnaître que le Temps exprime bien plus que l'égrenage des heures au cadran de l'horloge n'est pas d'une grande audace, au vu des distorsions provoquées par les fluctuations émotionnelles.

 

Mais ce qui entre en jeu dans ce pari, c'est la capacité requise du sujet d'abîmer son esprit dans la plénitude fusionnelle d'une relation active avec son objet.


C'est en cela que les "Textes" se proposent de dissiper nos fausses convictions, avec le concours du ressort puissant de l'intuition, provoquée par la déconstruction de l'artifice temporel à partir d'expériences indubitables (phénomènes de télékinésie).


Mais, pourrait-on dire, quid de l'intuition sans l'aide de la mémoire ?


L'intuition demeurerait embryonnaire si la mémoire profonde et active n'avait retenu certaines anomalies : domestication des fonctions (repas, sommeil, etc.) dont le seul lien avec la montre est leur périodicité, activités socioculturelles (sport, travail, réflexion) variablement efficaces par défaut d'harmonie avec les périodes de production enzymatique ou de fluctuations thermiques, à leur niveau souhaitable.


Nous avons évoqué plus haut que cette même mémoire enregistrait des schémas temporels de sources éducative, culturelle, scientifique qui dressent le cadre des liaisons spatio-temporelles.

 

Les acteurs évoluent dans un référentiel de type newtonien où l'espace euclidien y est statique et les changements de position, dans un intervalle, sont appréciés par la variable t, laquelle glisse uniformément d'un passé, qui n'est que négation du présent, vers un futur qui, lui, est imaginaire.


Cette caution donnée à l'assujettissement de la conscience est à l'harmonie temporelle ce que la photographie représente par rapport à l'espace tridimensionnel qui est saisi : la forme, réduite au captage sensoriel d'une réalité à caractère multidimensionnel.


On ne peut que rappeler toutes les fois où l'interprétation des catégories de Temps, que  favorise le caractère labile de nos états intérieurs, bouscule la rigidité des unités de mesure.


Les "Textes", en ce domaine de la physique, comme en philosophie ou en d'autres parties des sciences, font éclater la barrière du "logico-sensible" pour investir des zones inviolées par notre "penser" automatisé.

 

Malgré un propos d'accès difficile, puisque requérant des vertus autres qu’intellectuelles, il s'édifie devant nous une cosmogonie où le Temps, enrichi d'un poids sémantique original, remplit une fonction génésiaque.


Le caractère distinctif de ce Temps nouveau tient en un seul mot : "pluridimensionnalité".


Le facteur innovant se situe dans la définition d'un Temps non plus monochromatique, mais riche d'une palette de nuances embrassant plusieurs vortex à la fois, au même instant.

 

Certes, peut-on objecter, la théorie relativiste pourrait convenir à ce profil.

 

Mais dans ce cas, il serait préférable de parler de pluralité horizontale affectant uniquement la mesure de l'intervalle t d'un référentiel lancé à grande vitesse par rapport à un référentiel galiléen.

 

A l’inverse, nous sommes confrontés dans les "Textes" à une superposition de continuums, différents dans leur potentialité expressive, mais néanmoins interactifs, sous l'angle du principe "gestaltique" qui les gouverne.


Le Temps qui s'imprime en chaque couloir est celui qui convient à la perception des espèces qui sont ses "hôtes". Cet éventail est le produit d'une systématique graduelle qui n'offre, sauf par accident, aucune possibilité d'incursion au plan supérieur.

 

Le seul champ ouvert est celui d'une intuition suscitée par une accessibilité en devenir.


Les dominantes, émettrice et réceptrice, font de chaque dimension une modulation spécifique, une singularité qui unit directement, par osmose, sujet et temporalité d'exercice.


Chacune de ces spécificités est structurée sur la base de repères adaptés aux facultés propres à l'observateur, cet ensemble se déployant dans un mouvement croisé de complexité croissante.


Le lien qui unit les deux membres de l'échange est de facture noétique, au sens large du terme, c'est-à-dire qu'on enregistre le concours de toutes les ressources de l'être neuronal convergeant vers l'interception du moment osmotique entre l'actualité de l'instant et son modèle vécu.


Jusqu'à présent, dans la tradition occidentale, l'individu se tenait hors du Temps, soit parce qu'il s'écoulait indépendamment de sa présence, soit par absence dudit Temps.

 

Désormais, les "affinités électives" de ce dernier en font l'élément prépondérant de la structure ambiante à partir de laquelle est perçu "le réel".

 

L'écho du message qu'il délivre, le long de son parcours stratifié, porte bien plus profondément que les seules fonctions d'arpenteur de la mémoire ou de comptable des cycles solaires.

 

Celles-ci font du temps que nous avons adopté un cousin très éloigné de celui des "Textes".


Le rapport étroit du Temps pluridimensionnel avec la métamorphose de la substance du "réel", évoquée plus haut, laisse présumer l'étroite association de la matière et du Temps.

 

On retrouve ce couple "hylozoïque" dans la théorie de la relativité générale où les amas planétaires courbent l'Espace-Temps en raison directe, et de la masse, et de la distance.


Dans la nouvelle conception du Temps, la conséquence est plus importante.

 

Temps et matière interagissent de telle sorte que le degré de fluidité de la seconde est proportionnel à la dimension du premier, conférant à l'Espace la tâche de stratifier, en superposition, l'éventail des solutions proposées.


Ce Temps, à son degré supérieur d'exercice, déconstruit les triades "passé/présent/futur" et "simultanéité/succession/durée" pour instaurer une diffusion en étoile à partir de laquelle le foyer central, immobile, rayonnerait d'une diversité de Temps centrifuges qui irriguerait des champs appropriés de connaissance, de perception.


Répétons-le ! Le Temps demeure le même, quelle qu'en soit la forme recueillie. La différence naît de la superposition de plans hiérarchisés, lesquels adaptent espèces et objets à leur propre qualité en fonction d'un coefficient démultiplicateur.


Cette temporalité formule, lors de son mouvement permanent, des cycles "transhistoriques" durant lesquels se matérialise la réalité des changements.

 

La pluralité superposable suggère l'autorité d'un Temps absolu, fondé sur un principe holistique, présent en chaque vortex selon un partage matière/Temps qui estampillerait l'identité propre à chacun d'eux.


La paternité commune à tous ces différents plans d'impression démontre l'importance que revêt l'information reçue puisqu'elle devient l'initiatrice du mouvement en chaque subdivision.


Les espèces sont vécues par ce même mouvement et traduisent, avec une fortune variable, la qualité du message en fonction de la place qu'elles occupent dans l'évolution.


Les changements inhérents à cette dynamique originelle incitent à concevoir l'irréversibilité du Temps et renforcent la conviction selon laquelle chaque instant occupe une place unique et universelle.

 

On pourrait être tenté de comparer ce Temps avec celui de Newton si ne s'y opposait l'objection d'un déroulement non pas linéaire, mais en boucle.


Chacune de ces boucles ne représente pas un même passage sur une trace antérieure mais un ajout dans une géométrie de type spiral.


Chaque révolution nourrit la transmutation informationnelle, laquelle se déploie dans les cycles temporels, donnant lieu à une diversité de perspectives toutes issues d'un unique foyer coordonnateur.

 

Tous les instants, lorsqu'ils s'actualisent, portent en eux l'intégralité de l'information de départ à laquelle ils confèrent un "éclairage personnel" procurant nécessité et intensité des situations vécues.


Il est une assimilation qui s'avère tout aussi erronée que la précédente : celle du Temps cyclique avec le Temps réversible.

 

La géométrie courbe du premier ne conduit pas vers un retour en arrière toujours possible grâce à la maîtrise des causes censées demeurer figées.

 

Une constante évolutive gouverne le mouvement et appelle la "flèche du temps" ; mais les séquences unités ne sont plus présentes uniquement à l'échelle infinitésimale de la plus petite fraction de mouvement mais aussi à celle, macroscopique, d'un "cyclique" entier, ce dernier devenant la manifestation, au fil des recommencements, d'un instant d'éternité.


C'est pour une bonne part en raison du statut privilégié dont bénéficie le temps mesurable que se télescopent parfois les nombreuses inflexions qu'il génère. En s'attardant trop longtemps sur cet aspect particulier et, pour tout dire, négligeable, notre culture en vient à oublier la réceptivité propre du sujet lors des expériences vécues.

 

Fort heureusement, l'usage dans la narration (orale ou écrite) d'une large palette d'énoncés temporels autorise plus de liberté dans l'expression de ce qui est ressenti en son for intérieur.


Peut-on dissiper pour autant le sentiment de fréquenter une entité indéfinissable ? Oui, mais à condition de parvenir à renoncer à un emploi usuel et conventionnel du Temps, afin de donner libre cours au seul impératif des changements d'états.


Constatons, au terme de ce bref voyage au cœur des théories philosophiques et scientifiques au sujet du Temps, que les atermoiements du penseur, face à son incertitude qui puise au fond de la réflexion, ont dégagé un vaste champ interrogatif malheureusement dépourvu de réponses consensuelles.


L'incapacité que l'homme éprouve à soumettre le Temps à l'épreuve d'une expérience objective ne condamne-t-il pas l'espoir de voir résoudre la synthèse des dimensions psychologique et physique de cette variable ?

 

On peut dès à présent affirmer, sur la conviction émanant de la lecture des "Textes", qu'à moins de s'élever à un plan de conscience qui permette de faire corps avec toutes les modalités de son exercice (état d'immobilisme conscient), le Temps restera énigmatique car incomplètement vécu et exploré.


On aura compris que ce n'est que dans l'hypothèse où la conscience du sujet épouse le mouvement du Temps dans sa pureté initiale, en la "fulgurance" de l'instant qui fixe l'événement, que ce facteur révèle l'étendue de son message.

 

Mais parvenir à vivre la relation osmotique avec le Temps en continuité n'appartient pas au registre de nos capacités.

Cela requiert un changement d'état qui, en phase aboutie, permet l'accès au mouvement, lui-même "autogestionnel", et la fusion harmonieuse avec la fonction à remplir que l'instant de création réclame.


L'estimation de la totale expressivité du Temps faisant défaut à notre entendement, il nous a paru souhaitable, avant d'en esquisser une interprétation à travers les "Textes" (lesquels, par ailleurs, sont parvenus à nous convaincre du modèle définitif qu'ils proposent en ce domaine), de faire l'état des lieux chez nos physiciens, dans un premier chapitre.

 

 

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